L’économie marocaine affiche plusieurs signaux favorables à mi-2026. La reprise agricole, la progression des exportations industrielles, la bonne tenue du tourisme, la hausse des investissements et l’accélération du crédit soutiennent la dynamique nationale. Mais le creusement du déficit commercial et les tensions sur les marchés énergétiques rappellent les fragilités auxquelles le Royaume reste exposé.
Une économie marocaine portée par plusieurs moteurs
La conjoncture économique marocaine présente un bilan contrasté au premier semestre 2026, mais plusieurs indicateurs témoignent d’un raffermissement de l’activité. Le principal changement intervient dans le secteur agricole, qui bénéficie d’une campagne 2025-2026 nettement meilleure que la précédente.
La valeur ajoutée agricole a progressé de 18,4% au premier trimestre 2026, contre 8,1% un an auparavant. La production céréalière est estimée à 90 millions de quintaux, soit plus du double des 43,1 millions de quintaux enregistrés lors de la campagne précédente. Les productions d’olives, d’agrumes et de dattes ont également fortement progressé, respectivement de 111%, 25% et 55%.
Cette amélioration agricole apporte un soutien direct à l’activité, mais aussi à l’industrie agroalimentaire et aux exportations. Les ventes à l’étranger du secteur agricole et agroalimentaire ont ainsi augmenté de 5,7% à fin juin, atteignant près de 52,4 milliards de dirhams. Les exportations de l’industrie alimentaire ont progressé de 11,7%.
La pêche côtière et artisanale retrouve également une trajectoire positive. Les débarquements ont augmenté de 5,2% en volume à fin juillet, avec des progressions notamment pour les poissons pélagiques et les céphalopodes.
L’industrie exportatrice garde le cap
Le secteur industriel présente une situation plus nuancée. La valeur ajoutée industrielle avait reculé de 1,3% au premier trimestre, mais les indicateurs du deuxième trimestre signalent une amélioration. Le taux d’utilisation des capacités de production du secteur manufacturier s’est établi à 77,9% au T2-2026, en hausse de 0,2 point sur un an.
Cette amélioration est particulièrement visible dans les industries tournées vers l’export. Au premier semestre, les ventes à l’étranger de l’automobile ont progressé de 17,4%, celles de l’aéronautique de 19,3%, tandis que l’industrie alimentaire avançait de 11,7%. La métallurgie et le travail des métaux affichent même une hausse de 44,6%, contre 19,9% pour le plastique et le caoutchouc.
L’automobile demeure le premier contributeur aux exportations marocaines. Le secteur représente 36% de la valeur totale des exportations à fin juin, avec des ventes de 93,7 milliards de dirhams. La construction automobile et le câblage ont particulièrement contribué à cette progression. L’aéronautique confirme également sa montée en puissance, avec 17,3 milliards de dirhams d’exportations sur les six premiers mois de l’année.
Le tableau est cependant moins favorable pour les phosphates. La production de phosphate roche a chuté de 17,4% à fin juin, tandis que celle de ses dérivés a reculé de 17,3%. Les exportations de phosphates et dérivés ont diminué de 2,3%, à 45,4 milliards de dirhams, même si un rebond de 31,9% a été enregistré en juin.
Le tourisme continue de battre des records
Le tourisme constitue un autre point fort de la conjoncture marocaine. À fin juin 2026, le Maroc avait accueilli près de 9,4 millions de visiteurs, soit une progression de 6% sur un an.
Plusieurs marchés européens ont contribué à cette hausse, notamment la France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et l’Italie. Le marché polonais s’est particulièrement distingué avec une progression de 32% des arrivées, tandis que les visiteurs américains ont augmenté de 9%.
Les nuitées dans les établissements d’hébergement classés ont progressé de 9%. Marrakech, Agadir, Casablanca, Tanger, Rabat et Ouarzazate figurent parmi les destinations ayant enregistré les hausses les plus importantes.
Surtout, les recettes voyages ont atteint 64,9 milliards de dirhams, en hausse de 15,9% sur un an. Le tourisme contribue ainsi directement à l’amélioration des recettes en devises du Royaume.
La consommation et l’investissement restent bien orientés
La demande intérieure conserve également une certaine vigueur. Selon la DEPF, la consommation des ménages bénéficie notamment des mesures destinées à soutenir le pouvoir d’achat et d’un environnement marqué par une inflation contenue. L’indice des prix à la consommation n’a augmenté que de 0,3% à fin juillet 2026.
Cette dynamique profite aussi de la progression des transferts des Marocains résidant à l’étranger, en hausse de 9,9% à fin juin, ainsi que des crédits à la consommation, qui ont progressé de 4,5%.
L’investissement reste lui aussi soutenu par les grands projets structurants. Les dépenses d’équipement du Budget général de l’État ont augmenté de 13,9% à fin juillet, tandis que les recettes d’investissements directs étrangers ont progressé de 14,4% à fin juin. Les importations de biens d’équipement ont, de leur côté, augmenté de 21,2%, un mouvement qui traduit aussi le niveau élevé des besoins d’investissement.
Le financement bancaire accompagne cette dynamique. Les crédits bancaires ont progressé de 10,9% à fin juin 2026, contre 5,7% un an auparavant. Les crédits aux sociétés non financières ont augmenté de 9,5%, tandis que ceux destinés aux ménages ont progressé de 3,4%.
BTP : un ralentissement qui s’atténue
Le secteur de la construction reste moins dynamique, mais la baisse de l’activité tend à se modérer. Les ventes de ciment, principal indicateur conjoncturel du BTP, ont diminué de seulement 0,8% à fin juillet, après un recul de 1,3% un mois auparavant.
Cette évolution masque des écarts importants entre les segments. Les livraisons destinées au béton prêt à l’emploi, aux infrastructures et au bâtiment ont progressé, tandis que la distribution, le préfabriqué et les mortiers ont reculé.
Le financement immobilier reste néanmoins orienté à la hausse. L’encours des crédits à l’immobilier atteignait environ 329,3 milliards de dirhams à fin juin, en progression de 3,8%. Les crédits à l’habitat ont augmenté de 2,7%, tandis que ceux destinés à la promotion immobilière ont progressé de 5,2%.
Les exportations progressent, mais le déficit commercial se creuse
Le commerce extérieur constitue l’un des principaux points de vigilance. Les exportations marocaines de biens ont progressé de 9,7% au premier semestre, pour atteindre 260,4 milliards de dirhams.
Cette performance repose principalement sur l’automobile, l’aéronautique et l’agriculture-agroalimentaire. En revanche, les importations ont augmenté beaucoup plus rapidement, de 15,3%, pour atteindre 458,8 milliards de dirhams.
La facture énergétique contribue notamment à cette progression, avec une hausse de 28,9% des importations de produits énergétiques. Les achats de biens d’équipement ont également bondi de 21,2%, tandis que les produits finis de consommation ont augmenté de 14,2%.
Résultat : le déficit commercial s’est établi à 198,4 milliards de dirhams à fin juin, en hausse de 23,5%. Le taux de couverture des importations par les exportations s’est ainsi établi à 56,8%, en baisse de 2,8 points.
Les recettes voyages et les transferts des MRE apportent toutefois un amortisseur important. Ces deux flux ont généré ensemble 126,4 milliards de dirhams sur les six premiers mois de l’année. Les investissements directs étrangers nets ont également progressé de 31,5%, à 26,2 milliards de dirhams.
Des finances publiques mieux orientées à fin juillet
Sur le front budgétaire, la situation s’est améliorée au cours des sept premiers mois de l’année. Le déficit budgétaire s’est établi à 50,5 milliards de dirhams, soit une réduction de 4,2 milliards, ou 7,7%, par rapport à la même période de 2025.
Cette évolution résulte principalement d’une progression des recettes de 12,5%, supérieure à celle des dépenses globales, qui ont augmenté de 8,5%. Les recettes ordinaires ont atteint 253,8 milliards de dirhams.
L’investissement public reste soutenu : les dépenses d’investissement ont augmenté de 13,9%, pour atteindre 69,3 milliards de dirhams à fin juillet. Les charges d’intérêts de la dette ont cependant progressé de 14%, à 29,8 milliards de dirhams, tandis que les dépenses de compensation ont augmenté de 10,8%, à 12,9 milliards.
Une conjoncture favorable, mais exposée aux chocs extérieurs
L’économie marocaine aborde ainsi la seconde moitié de 2026 avec plusieurs moteurs bien orientés : agriculture, tourisme, automobile, aéronautique, investissement et crédit. Le marché de l’emploi donne également des signes d’amélioration, avec un taux de chômage ramené à 9,5% au deuxième trimestre, contre 11,1% un an auparavant.
Mais cette dynamique reste exposée aux conditions internationales. La hausse des prix de l’énergie et les tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz alimentent les risques sur la facture énergétique, le fret et les coûts des intrants. Le Brent s’établissait à 94 dollars le baril le 21 août 2026, après d’importantes fluctuations au cours des derniers mois.
Le bilan dressé par la DEPF est donc celui d’une économie marocaine qui bénéficie d’un net soutien de ses secteurs productifs et de sa demande intérieure, mais dont l’équilibre extérieur demeure sous pression. La capacité du Royaume à maintenir ses performances à l’export, à poursuivre l’investissement et à contenir l’impact du choc énergétique sera déterminante pour la suite de l’année.
